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Interview de Christophe Franck, le réalisateur des soirées Youhumour

christophe franck

Le Festival Youhumour à Nantes est terminé depuis deux semaines déjà ! Afin de faire perdurer la magie du festival et de mieux comprendre comment un tel événement s’organise côté coulisse, nous avons interviewé pour vous, Christophe Franck, le réalisateur du festival, qui nous explique en détails son travail.

C’est la rubrique des métiers du spectacle, des coulisses à la scène !

1- Vous avez réalisé les captations des soirées Youhumour à Nantes du 25 au 27 avril, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le travail effectué ?

« Pour vous répondre, je voudrais remonter un peu dans le passé afin d’éclairer notre travail actuel. En 1999, Philippe Bouvard, avec lequel je collaborais depuis plusieurs années, nous a présentés Philippe Vaillant et moi. La captation de spectacles d’humour était alors majoritairement dans une impasse : des salles trop petites, un décor généralement sordide voire inexistant, hormis des rideaux noirs antédiluviens, une lumière minimaliste et un nombre de caméras anémique. Tout cela, avec des plans interminables et vides, donnait un résultat trop souvent plus que médiocre, difficile à programmer en télévision.

Nous nous sommes donc mis au travail avec Philippe Vaillant pour définir de nouveaux axes dans le but de faire de la captation d’humour un vrai spectacle télévisuel. Philippe était prêt à mettre les moyens nécessaires à la réalisation de projets ambitieux et c’est ainsi qu’est née notre collaboration qui dure depuis lors. L’idée de départ était bien sur de rendre beaucoup plus vivantes et professionnelles les images d’humour.

L’équipe spécialisée mise en place et qui travaille en parfaite osmose depuis plusieurs années, comprend un décorateur, Yves Valente, un directeur de la photo, Sébastien Debant, un ingénieur du son, Pierre Buisson, un ingénieur de la vision, Olivier Monternot, un monteur, Nathan Delannoy, ainsi qu’une petite dizaine de cadreurs fidèles, tous très impliqués dans les projets que nous mettons en images. »

2- Quelles sont les particularités de ces captations ?

« La spécificité des festivals YouHumour est qu’ils sont créés pour faire de la télévision en public et non des spectacles sur lesquels viendrait se greffer une captation. Tous les moyens sont en conséquence mis en œuvre pour donner le meilleur à l’image et ainsi mettre en valeur le travail des comédiens. Ces moyens comprennent un décor d’Yves Valente, renouvelé régulièrement, composé de structures en volume, principalement de couleur blanche. Sur ces volumes, viennent s’imprimer les formes et les couleurs créées par la mise en lumière de Sébastien Debant à l’aide de dizaines de projecteurs automatiques.

Ce dispositif facilement identifiable, signature des images YouHumour, permet d’une part, de créer une énorme variété d’ambiances en fonction de chaque sketch, et d’autre part, de faire en sorte qu’aucune des images commutées ne présente le même arrière-plan et surtout pas bien sur, sauf exception dictée par le contenu, un débilitant fond noir. Autre point primordial, la multiplicité des plans. En effet, en fiction ou au théâtre, le rythme de la réalisation sera en grande partie induit par l’action et les dialogues. Ce n’est généralement pas le cas dans le spectacle d’humour où la plupart du temps, un seul comédien est en scène. Il faudra donc imposer à l’image une forme de tempo qui serve au mieux l’artiste en étant en osmose avec le rythme propre de son jeu.

La commutation, toujours en direct ou dans les conditions du direct, et pour utiliser une analogie musicale, revêt l’aspect d’une partition de jazz où le musicien (le réalisateur) invité à un « bœuf » (le sketch)  se fond dans le tempo et l’esprit du morceau. Même si dans un certain nombre de cas, un découpage précis est requis, la commutation doit toujours, à mon sens, répondre à ce critère d’osmose rythmique. Pour cela, nous utilisons 7 à 8 caméras placées très précisément dans la salle, permettant une grande variété de plans. Ce nombre peut paraitre important mais c’est justement cette diversité d’images qui permettra de créer une structure dynamique appropriée à cet exercice très spécifique qu’est le one woman/man show. Ce dispositif permet de multiplier les plans en se souvenant que, si le spectateur dans la salle peut choisir de porter son attention sur le visage du comédien, ses mains, ses jambes, un accessoire, etc., le téléspectateur lui est prisonnier de l’image que l’on va lui donner à voir. Il convient donc d’aérer et de fluidifier la réalisation afin de répondre aux attentes inconscientes du téléspectateur tout en servant au mieux l’intention et le jeux de l’artiste. »

3- Pouvez-vous nous raconter en quelques phrases votre parcours ?

« Je suis sorti de l’ESRA en 1974 avec une formation en réalisation cinéma. A l’époque très peu de choses se tournaient en vidéo car les matériels étaient lourds, chers et peu maniables. La majorité des films et programmes TV, hors des plateaux spécifiquement équipés, étaient donc réalisés en argentique (film).

Dans les années 80, les matériels vidéo se sont allégés (arrivée de la « Betacam » de Sony, première caméra professionnelle à enregistreur intégré) et je m’y suis alors intéressé, d’abord en mono-caméra. J’ai ainsi réalisé de nombreux films d’entreprise, publicitaires ainsi que plus de 400 sujets pour la télévision, principalement sur la musique et le voyage, un peu partout dans le monde. Je suis ensuite passé au multi-caméras ce qui m’a permis de mettre en image de nombreux concerts, spectacles, magazines et talk-show pour diverses chaînes TV. Puis la rencontre a eu lieu avec Philippe Vaillant me permettant d’acquérir en plus de 10 ans de collaboration et plus de 1000 sketches réalisés, une certaine expertise dans le domaine de l’humour ! »

4- Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite devenir réalisateur ?

« Le métier de réalisateur de télévision recouvre de multiples facettes selon que l’on va travailler en fiction, reportage, documentaire, plateau, spectacle, mono ou multi-caméras. Un certain nombre d’écoles préparent à ce métier. Parmi les plus connues : La Fémis, l’école Louis Lumière, l’ESRA, l’école des Gobelins, 3iS ou le CLCF. Ces formations initiales devront être complétées par de multiples expériences professionnelles (assistanat, réalisation de courts métrages…) afin d’acquérir la maîtrise artistique et technique nécessaire. D’autres voies peuvent également être envisagées. Certains réalisateurs en effet sont d’anciens cadreurs, monteurs ou même comédiens… Mais ici, comme dans tous les métiers artistiques, la passion et le travail sont les moteurs de la réussite ! »

5- Pour conclure, avez-vous une anecdote à nous raconter ?

« Je vous en livre une, il s’agit de ma première rencontre avec Albert Meslay :
Lors d’un précédent festival YouHumour à Toulouse, durant le déjeuner où se retrouvent les artistes et les équipes de production et de réalisation, nous avons vu arriver vers nous un être étrange, doté d’une énorme moustache et au visage constellé de taches rouges vif.
Il s’agissait d’Albert Meslay, un « joueur de mots » magnifique qui, stressé le matin avant sa prestation dans le festival, s’était tailladé les joues et le cou en se rasant ! La maquilleuse l’ayant rencontré ainsi écorché et n’ayant sous la main qu’une serviette en papier de couleur rouge, avait découpé des sorte de confettis qu’elle avait appliqués sur chaque coupure pour arrêter les multiples hémorragies !
Nous étions bien sur très inquiets quant à l’apparence d’Albert pour sa prestation scénique du soir, mais heureusement, la maquilleuse ayant effectué un remarquable travail avant le spectacle, le visage d’Albert avait retrouvé sa physionomie habituelle ! Encore bravo et merci à elle ! »

Redécouvrez, ou découvrez, le superbe talent d’Albert sur YouHumour et allez faire un tour également sur l’hilarant hommage que lui ont rendu Cécile Giroud et Yann Stotz avec leur chanson « La moustache d’Albert« . 
L’équipe Youhumour vous donne rendez-vous très bientôt pour d’autres rendez-vous exclusifs. En attendant n’hésitez pas à aller sur notre site Youhumour et sur notre page Facebook vous y retrouverez des photos du festival. 

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